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La FNE redoute une acidification du sol avec le Grand Paris Express

La FNE redoute une acidification du sol avec le Grand Paris Express

Illustration d'un cas extrême d'acidification de l'eau et du sol. Photographie de Photomaru
Illustration d'un cas extrême d'acidification de l'eau et du sol. Photographie de Photomaru
Illustration d'un cas extrême d'acidification de l'eau et du sol. Photographie de Photomaru
Illustration d'un cas extrême d'acidification de l'eau et du sol. Photographie de Photomaru

Pas d’irrégularité mais un cadre réglementaire en deçà des risques de pollution. C’est en somme l’alerte lancée par France Nature Environnement concernant le stockage des déchets inertes liés au futur métro automatique. La fédération d’associations demande aux pouvoirs publics un audit exhaustif et une réforme des normes environnementales.

Les faits : Le stockage inerte de la pyrite est polluant

Le Grand Paris Express est le volet transport de la transformation des administrations et infrastructures d’île De France. Il s’agit entre autre de la création de quatre nouvelles lignes de métro périphérique qui permettront aux banlieues de se déplacer sans repasser par le centre parisien.

Le chantier est colossal. Gérés par la Société du Grand Paris, les 200 kilomètres de ligne doivent relier 68 gares. Pour les Jeux Olympiques de 2024, il est prévu de finaliser le prolongement de la ligne 14 et la construction de la ligne 16.

Parmi les organismes surveillant les travaux, se trouve le Bureau de Recherches Géologiques et Minières(BRGM). Qui publie dans son rapport de novembre 2021 «  Certains chantiers du Grand Paris Express sont actuellement confrontés à l’excavation de déblais provenant de formations géologiques riches en minéraux sulfurés ».

Problème, une fois excavés ces minéraux sont entreposés en surface et à l’air libre avant d’être utilisés pour le remblais des carrières. Une situation qui enclenche l’oxydation de certains minéraux tel que la pyrite qui au contact des eaux de pluie augmentent l’acidité des sols et des nappes phréatiques, pouvant engendrer des problèmes de santé et pour l’agriculture.

Claude Gautrat, administrateur de la FNE Seine Et Marne nous explique cette situation « Le stockage de déchets inertes est courant mais explose en raison des grands travaux actuels. Ces travaux de plus en plus profonds rencontrent des couches géologiques peu concernées auparavant, d’où cette nouvelle problématique mal cadrée par les maître d’oeuvre et non anticipée réglementairement par l’administration. » Monsieur Gautrat précise que le taux de sulfure et son risque d’acidification en présence de pyrite, ne fait pas partie des analyses imposées aux exploitants de site de stockage de déchets inertes.

Le contexte : Une faiblesse réglementaire

La Direction Générale de la Prévention des risques (DGPR) et France Nature Environnement, ne constatent pas de violation du cadre réglementaire mais s’inquiètent que les mesures « applicables aux déchets inertes ne soient pas toujours suffisantes à une bonne gestion des déblais de chantier contenant de la pyrite »

Loin du fantasme, les contaminations des sols et des eaux par les métaux lourds restent fréquentes. Le chantier du Grand Paris Express a d’ailleurs fait l’objet d’un ordre de retrait de 240.000 tonnes de déblais en 2021 par la préfecture des Yvelines. En cause la découverte de pyrite oxydée et d’eau colorée acide. Les remblais étaient stockés dans le hameau de Saint-Martin-la-Garenne. Même situation à Triel sur Seine pour 54.000 tonnes de remblais. Au moins quatre autres sites sont sous surveillance renforcée et concernent 200.000 tonnes de déchets.

Le risque porte sur l’accumulation de ces volumes qui seront de plus en plus difficiles à traiter avant la contamination des zones. Claude Gautrat cite l’utilisation d’un procédé expérimental à la chaux dans des sites dédiés situés en dehors de l’Île-de-France qui permettrait pourtant de neutraliser la pollution par la pyrite oxydée : « C’est actuellement la solution privilégiée car la moins coûteuse. »

La FNE regrette le manque d’anticipation du Grand Paris Express et de SNCF Réseau, qui avaient accès aux études géologiques soulignant la présence de minéraux oxydables. Un an après les premières pollutions environnementales, l’association demande au pouvoir public de se pencher sur « l’absence d’un cadre réglementaire ou législatif précis permettant d’orienter [les déblais] vers les différentes filières adaptées. » C’est à dire entre Installation de Stockage de Déchets Inertes (ISDI), Installation de Stockage de Déchets Non Dangereux (ISDND) et Installation de Stockage de Déchet Dangereux (ISDD).

Dans son communiqué l’organisme propose une feuille de route. Le recensement de toutes les installations ayant reçu ces terres polluées. L’analyse des mesures de réduction du risque et l’état des lieux des mesures de suivi et de contrôle. De manière à réformer l’arrêté ministériel du 12 décembre 2014 relatif aux conditions d’admission des déchets inertes dans les installations dédiées pour « y inclure le risque pyrite particulièrement présent dans les déblais des grandes infrastructures du bassin parisien. »

Sources et bibliographie :

– Carte géologique de la France : http://infoterre.brgm.fr/viewer/MainTileForward.do

– Projet du Grand Paris : https://www.vie-publique.fr/eclairage/19461-grand-paris-projet-de-developpement-dune-metropole-de-rang-mondial

– Site de la BRGM : https://www.brgm.fr/fr

– Article utilisant les réponses de la FNE Seine et Marne aux questions envoyées par la rédaction.

– Site de France Nature Environnement : https://fne.asso.fr/