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Des médias en France qui participent à la stratégie de désinformation russe

Des médias en France qui participent à la stratégie de désinformation russe

desinformation russe en france
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Les nations du monde se sont toujours fait une guerre de l’information pour présenter une situation géopolitique à leur avantage. Il serait cependant dangereux de les considérer toutes similaires puisque Vladimir Poutin ayant compris depuis longtemps l’amplitude offerte par l’absence de contestation et de liberté d’expression, a fait interdire les ONG étrangères en Russie dès mai 2015. S’ajoute le musellement des médias et l’emprisonnement d’opposants.

A l’heure où des médias favorables à l’intervention russe sont encore diffusés dans les pays alliés de l’Ukraine : avons nous pris le temps de détecter et résister aux axes de désinformation de Vladimir Poutine ?

Les faits : Des structures en France constamment en soutien de la désinformations russes

Il s’agit de médias qui participent activement à la désinformation russe en censurant certaines données pour n’exposer que ce qui conforte la propagande de Vladimir Poutine. On compte des médias russes mais aussi plusieurs structures françaises implantées depuis plus d’une décennie dans les réseaux d’extrême droite.

Sputnik France : Média russe crée en 2014 diffusant en France via internet. Son siège social est déclaré à Moscou. Sa ligne éditoriale est l’une des plus partisane en francophonie. Si bien qu’après l’invasion Russe, Sputnik titre sur une post-vérité : « Les milices populaires du Dombass mènent une contre-offensive, appuyées par les forces russes ». Le terme de contre-offensive vaut pour adhésion à la propagande de Vladimir Poutine. Ce média a perdu en influence par le caractère ostentatoire de son lien avec le Kremlin.

RT France : apparu en 2017 après les critiques contre Sputnik. Ce média constitue le cheval de Troie de la Russie en utilisant une stratégie beaucoup plus subtile que son prédécesseur. Le siège social a été déclaré à Paris afin de pouvoir bénéficier des droits de la presse française et lui permet une importante audience dans tout les pays francophones. La chaîne est même diffusée sur l’un des canal de la Freebox et présente au sein du bouquet Canal+. Sa page facebook possède 1 millions d’abonnés.

Le fonctionnement de RT comme tout entreprise est hiérarchisée. Si les journalistes assurent être indépendants, les angles de traitement sont majoritairement au service de la post-vérité de Vladimir Poutine. Une influence géopolitique qui a été renforcée par la capacité du média à se solidariser des luttes populaires françaises. Cela a permis un entrisme qui diffuse la propagande russe dans des milieux habituellement moins sensibles à celle ci. On pourrait résumer ainsi la dynamique « puisqu’ils parlent de mon problème négligé en mon propre pays, ce qu’ils disent sur la géopolitique doit être juste. » Une recette efficace qui s’appuie sur les crises des pays visés.

Si RT et sa branche française traitent des problèmes sociaux, humanitaires ou de droit de l’homme, un œil averti constate rapidement que la chaîne s’interdit de le faire en conséquence pour la Russie. Permettant ainsi de construire une image embellie de Poutine et de diaboliser celle de ses opposants. Le média est ainsi considéré par la France comme un outil d’ingérence et est interdit d’accès au Palais de l’Elysée depuis 2018. Mais reste autorisé à publier.

Dans une séquence diffusée le 24 février, jour de l’invasion, le présentateur et son invité jouent un jeu éditorial dissimulant très mal le caractère partisan de la rédaction. Le journaliste demande « La mobilisation russe a t’elle des intérêts historiques, stratégiques ou de ressources dans le Dombass ? » La réponse à cette question fermée, est catégorique et sans nuance : « Elle a surtout un intérêt historique ». L’intervenant va alors déployer un discours similaire à celui du président Russe, où les frontières du passé légitimeraient l’annexion de territoires, en ajoutant bien entendu la fake news de l’État nazi ukrainien menaçant les russophones. Alors que le candidat correspondant, Andriï Biletski, n’a même pas réussi à faire 5 % lors des dernières élections.
L’invité ne répondra pas sur l’intérêt stratégique et de ressources de la Russie.

Puis dans un autre sujet, le même jour, Bruno Guigue lui réduira le conflit à un vol de ressources par les États Unis : « En Ukraine, seul l’hégémonisme des Etats-Unis a intérêt à la guerre ». La rédaction de RT France, vous dira qu’il ne s’agit que d’une opinion invitée sur le plateau. C’est une stratégie de la confusion qui trouve un relais colossal dans l’extrême droite française. Les propos de Bruno Guigue furent aussi repris par Egalité et Réconciliation, média consulté notamment par de nombreux militaires et policiers français.

La présidente de RT Monde, beaucoup moins contrainte par les apparences, à quand à elle apporté son soutien à la vision du monde de Vladimir Poutine, notamment à travers un Tweet du 19 février 2022.

Si le référencement des médias ayant un parti pris pour Vladimir Poutine vous intéresse, je pourrai allonger la liste et renforcer les exemples.

Le contexte : Une faiblesse des dispositifs de cyber défense

NB : Je souhaitais faire participer le Ministère de la Défense à la contextualisation du niveau de traitement et de réponse à la désinformation mais son service de communication n’a pour le moment, pas souhaité répondre à ma demande de renseignement. Je proposais de contredire certains constats au cas où des mesures non perceptibles auraient été prises. Une nouvelle publication sera rédigée en cas de réponse du Ministère.

Officiellement la Défense française possède un système de lutte contre l’ingérence étrangère sur internet et par extension, dans les médias.
Le 21 octobre 2021, Madame Florence Parly expose la doctrine militaire de lutte informatique d’influence. Un premier constat est accablant : si le gouvernement traite de la nécessité de valoriser les actions de son armée, est absent du discours, la partie contre renseignement. Celle qui consiste à cibler et répondre aux fakes news et désinformations qui viennent menacer cette même armée. L’exemple de ce manquement est la crise au Mali où les soldats français ont fait l’objet de photomontages et rumeurs diffusées très largement, que ce soit par les réseaux sociaux ou par certains médias maliens. La France a laissé cette situation sans réponse et sans mobiliser d’agent de communication pour casser la propagande.

Pourtant nous avons des cybers défenseurs. Selon la ministre leurs opérations se répartissent entre la lutte informatique défensive, qui comprend notamment la sécurité informatique, la résistance aux hackers. Et la lutte informatique offensive. Cette dernière demeure aujourd’hui assez opaque. Et la situation d’une présence forte des désinformations russes dans le cas de l’invasion Russe sur l’Ukraine, tend à souligner une faiblesse qui persiste dans la guerre de l’information.

C’est du côté du monde civil que l’action de contre renseignement est la plus active. Avec notamment la plupart des grands médias français s’étant doté d’une cellule de lutte contre la désinformation. Elles permettent de réagir à des fakes news et aux discours de post-vérité. Mais ils auront bien du mal à avoir l’outillage et les éléments de l’armée française pour démontrer ce qui est au delà de la fausse information isolée, et qui tient plus de la campagne militaire d’influence.

Et c’est là toute la faiblesse de la politique française en matière de lutte d’influence. Elle s’incarne à travers la méthodologie d’Emmanuel Macron. Lors de plusieurs épisodes d’ingérence russe dans l’information française, il a constamment condamné et dénoncé, sans jamais démontrer ni prouver. Il s’agit du genre de pratique que je souhaitais interroger au regard de la Défense pour savoir si le problème n’était pas la confidentialité des preuves.

N’en demeure pas moins que pour le moment, aucune des campagnes de désinformation menée par Vladimir Poutine n’a fait l’objet d’une information claire à destination de la presse et des citoyens. Or dans le cadre d’une guerre d’influence, où des citoyens sont déjà affectés par la désinformation, il n’est pas possible de convaincre par un discours sans matériaux. Le ministère de l’Europe, de la Défense et de l’Intérieur se sont pourtant rassemblés autour de la doctrine présentée par madame Parly en 2021.

Les enjeux : le degrés d’unité nationale et l’intervention militaire

Pour mener une guerre il faut maintenir suffisamment d’unité nationale pour ne pas risquer un soulèvement intérieur. Vladimir Poutine a éloigné cette éventualité dans son camp en cumulant la répression des opposants et le verrouillage de l’expression.

Par ailleurs il a mis en place les hauts parleurs de désinformation précédemment cités qui lui permettent d’aller appuyer chez les alliés de ses proies, un sentiment de défiance à l’intention d’une réaction contre la Russie. Cela passe par des confusions, une multitude de fakes news et un usage puissant de la sophistique. L’objectif d’une telle guerre de l’information a déjà eu des conséquences très graves, puisqu’il a été documenté que des citoyens français sont allés rejoindre les milices pro Russe du Dombass.

Au delà de ces cas extrêmes de recrutements, l’intérêt consiste à placer les États voisins dans une situation où le gouvernement n’oserait pas initier une réaction militaire en raison d’un manque d’unité nationale dans l’opinion. D’où la stratégie de faire percer la désinformation dans les médias consultés par du personnel militaire et policier.

Il est donc urgent que le gouvernement d’Emmanuel Macron prenne des dispositions dans le cadre de la guerre de l’information. A plus forte raison dans la situation où nous nous dirigeons vers un conflit long avec une période de sanctions économiques. Vouloir faire pression sur Poutine alors qu’il peut actuellement faire pression sur l’opinion publique française, est un tir à blanc.

Sources :

– Doctrine militaire de lutte informatique d’influence, discours de Florence Parly le 21 octobre 2021 : https://www.defense.gouv.fr/portail/actualites2/florence-parly-presente-la-doctrine-militaire-de-lutte-informatique-d-influence

– Tweet de la responsable monde de Russia Today : https://twitter.com/M_Simonyan/status/1495014838451548162?fbclid=IwAR0B0FwrxAKRiuC_WeU3VNcGgwl3osLPcYRI0xE638M5lsGRDSJk7pb6Aos

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