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Grève à GRDF : le storytelling de La France Insoumise

Grève à GRDF : le storytelling de La France Insoumise

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Moussa Gakou syndicaliste CGT, a fait l’objet d’une perquisition dans son domicile. Pour la CGT l’acte est disproportionné. Pour plusieurs membres de La France Insoumise, il s’agit d’une atteinte aux droits fondamentaux qui criminaliserait les grèves. En réalité, le motif de l’interpellation est bien plus grave.

Les faits : Une grève suivie d’une coupure de gaz

Le 15 et le 22 juin la Fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT organise une grève au sein de GRDF pour exiger une augmentation des salaires. La direction semble afficher un certain mépris et refuse de rencontrer les manifestants. Certains grévistes décident de couper le gaz face au mutisme de leur employeur.

Le 4 juillet la Police frappe à la porte de Moussa Gako pour une perquisition dans le cadre d’une plainte pour « dégradation volontaire d’une installation de gaz ». A partir de là différentes versions se mettent à circuler. La CGT défend immédiatement l’action de coupure du gaz au motif du rapport de force. Du côté de la La France Insoumise, on mystifie le motif de l’interpellation avec une forme de diffamation contre la justice et la police. Eric Coquerel parle d’une interpellation « pour avoir exercé son droit de grève ». Autrement dit : l’État serait en train de violer les droits fondamentaux, qui comprennent le droit à la syndicalisation et à la grève.

Même son de cloche du côté du député Thomas Portes (LFI) : « menotté à 6H du matin, devant sa femme et ses enfants. Voilà le traitement réservé par la police à notre camarades Moussa Gakou. Sa faute ? Avoir exercé son droit de grève et exiger des hausses de salaires ». Ces déclarations prononcées en tant qu’élu de la République et à des fins d’alerte au public, constituent une désinformation.

 

 

Quelle est la motivation de la plainte contre Moussa Gakou ?

La dégradation d’un installation de gaz peut sembler être un terme fort, mais d’un point de vu légal il fait sens. Car ce n’est pas la grève qui amène à la procédure judiciaire mais la rupture unilatérale du gaz auprès de 150 clients. Dont la situation ne semble pas émouvoir les auteurs de la désinformation. Moussa Gako lui assume et se justifie « On s’est dit qu’on n’avait pas le choix. On n’a pas fait ça à n’importe quel moment. C’était l’été, les températures étaient bonnes ».

Mais une coupure de gaz auprès de clients qui payent leur abonnement, engendre plusieurs conséquences. Y voir un geste anecdotique c’est rapidement oublier que la coupure du gaz a un impact sur les gazinières et l’eau chaude. Des foyers sont privés de leurs droits et des services payés. Et ils peuvent eux aussi avoir des enfants en bas âge.

Du côté des entreprises, certains secteurs ne peuvent pas travailler en cas de coupure du gaz. Comme la restauration, l’hôtellerie, l’aciérie, les tuileries, la verrerie et les papeteries qui se retrouvent alors obligés de réduire ou d’arrêter leur service. Engendrant des pertes de matériaux. Ce sont aussi des journées sans recette avec des charges et des salariés pénalisés. Car la coupure illégale de l’approvisionnement en énergie permet aux entreprises victimes de l’opération, de placer leurs salariés en chômage technique ou partiel. Ce qui équivaut à une baisse de leur revenu mensuel. Leur salaire peut alors être remplacé par une indemnité de 8,76€ par heure.

L’activité partielle permet à l’employeur d’aller en-deçà des obligations légales et conventionnelles en matière de durée du temps de travail et ainsi de se décharger en partie de son obligation de donner du travail à ses salariés ainsi que des moyens de le réaliser.

Au regard de ces conséquences, loin de se résumer à l’impossibilité d’utiliser ses radiateurs en été, l’action constitue bien une dégradation volontaire d’une installation de gaz. Le terme ne signifie pas qu’il y a eu destruction de biens.

Le contexte : la précarité des nouveaux agents du secteur de l'énergie

Pour autant la situation dénoncée par Moussa Gakou mérite de la considération. Son acte est effectivement illégal mais sa motivation louable. Si il se mobilise depuis le mois de juin c’est dit-il, pour ses collègues embauchés au SMIC. Sa situation semble confirmer ses motivations : travaillant depuis 15 ans à GRDF et sous un contrat d’astreinte, il bénéficie d’une rémunération correcte et d’un logement de fonction. Il va désormais perdre tout cela, puisque la coupure du gaz a engendré une procédure de licenciement. En revanche une hausse du salaire minimum au sein de la profession lui aurait aussi bénéficié : La majoration par l’ancienneté se basant sur ce minimum.

Dans une interview accordée à Street Press il explique « Mon combat, c’est pour eux. Avec le coût de la vie en ce moment, on voit qu’ils galèrent tous. » Un constat indéniable puisque le salaire brut pour un technicien dans le secteur de l’énergie se situe autour de 1546 euros selon la grille salariale de 2021. Soit environ 1300 euros net. La CGT-UNIF revendique une hausse de salaire pour atteindre les 1800€ brut dès l’embauche. Pour justifier une telle hausse, outre l’augmentation du coût de la vie, Moussa Gakou souligne la dangerosité du métier. Travailler au contact du gaz implique des risques importants. S’ajoute les compétences qui méritent d’être valorisées.

Pour la CGT, Moussa Gakou paye pour l’ensemble du collectif. Mais la situation judiciaire semble se concentrer autour du syndicaliste seulement par le choix de la communication syndicale et politique. En fait, plusieurs autres procédures ont été lancées aux mêmes dates par Réseau Transport d’Electricité. Notamment dans l’Artois où une coupure de courant par les grévistes à affecter 85.000 clients. A Angers ce sont 175.000 clients qui ont été touchés. Les plaintes sont systématiques lors d’action contre la fourniture en énergie.

Malheureusement ces dangers sont effacés par un radicalisme emprunt d’une certaine forme d’égoïsme. Sur France Bleu, un gréviste menace «Là c’est une coupure la nuit, la prochaine fois, ça pourrait être en journée (…) Et quand on coupe, on coupe tout, même les hôpitaux.».

Évidemment il est plus mobilisateur pour un parti politique de faire croire à une atteinte au droit de grève.

En communication politique, on appelle l’exploitation de la situation de Moussa Gakou, du story telling : du réel, la rupture des services énergétiques engendrant des plaintes systématiques, l’on passe à un récit qui voudrait qu’un seul homme est été sanctionné pour une simple grève. Cela permet de mobiliser des personnes qui ne l’auraient pas été avec un respect plus scrupuleux des faits. Cela permet aussi d’augmenter la radicalité d’une mobilisation en transformant une procédure judiciaire en atteinte aux droits fondamentaux. La lutte contre la précarité mériterait des soutiens plus honnêtes. C’est généralement plus fédérateur.

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