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IFRI : quel est cet institut français fermé par le régime iranien ?

IFRI : quel est cet institut français fermé par le régime iranien ?

Caricature réalisée par Ebrahim, publiée par Charlie Hebdo
Caricature réalisée par Ebrahim, publiée par Charlie Hebdo
Caricature réalisée par Ebrahim, publiée par Charlie Hebdo
Caricature réalisée par Ebrahim, publiée par Charlie Hebdo

Suite à la publication des caricature par Charlie Hebdo, le régime iranien annonce des représailles contre la France. La première est intervenue ce 5 décembre : la fermeture de l’IFRI. En ciblant cette structure, l’Iran s’attaque au réseau culturel français et aux relations entre la diaspora et les universitaires iraniens.

Les faits : La confusion entre l’action de la presse et le gouvernement français

Mercredi 4 décembre Charlie Hebdo publie une dizaine de caricatures suite à son concours #MullahsGetOut. Dans sa tradition anti-cléricale, le journal accompagne son numéro de la mention « tout les participants ont gagné leur place en enfer ». La couverture représente une femme iranienne, nue, dont le vagin est visité par les Mollahs.

La rédaction de Charlie Hebdo explique cette démarche sur son site internet : « C’était une manière de montrer notre soutien aux Iraniennes et aux Iraniens qui mettent en jeu leur vie pour défendre leur liberté face à la théocratie qui les opprime depuis 1979. C’était aussi une manière de rappeler que les raisons pour lesquelles avaient été assassinés les dessinateurs et rédacteurs de Charlie, il y a huit ans, sont malheureusement toujours d’actualité. ». Plus de 300 caricatures ont été reçues. La plupart montrent des femmes combattants Ali Khamenei ou l’exposant en train de massacrer la population. Celle retenue en couverture de notre article est réalisé par Ebrahim, réfugié iranien en Turquie.

Le ministre iranien des affaires étrangères a réagi sur Twitter : « L’acte insultant et indécent d’une publication française en publiant des caricatures contre l’autorité religieuse et politique ne restera pas sans réponse efficace et ferme ». Enfermé dans sa perception totalitaire de la gestion d’une société, l’officiel confond les actions du gouvernement français et celle de la presse indépendante : « Nous ne permettrons pas au gouvernement français de dépasser les bornes. Il a définitivement opté pour la mauvaise voie ». Ces propos constituent une aggravation de la menace terroriste.

 

 

Catherine Colonna, ministre des Affaire Etrangères, a réagit ce matin sur LCI : « la liberté de la presse existe (en France) contrairement à ce qu’il se passe en Iran ». Le pouvoir iranien a annoncé la fermeture de l’Institut Français de Recherche en Iran, basé à Téhéran.

Le contexte : Un centre de recherche établit en 1983

L’établissement est issu de la fusion de la Délégation Archéologique Française en Iran et de l’Institut Français d’Iranologie de Téhéran. Sa mission consiste à rassembler et promouvoir les connaissances archéologiques, sociologiques, géographiques et tout champ de recherche relatif à l’Iran et sa zone périphérique.

La bibliothèque du centre de recherche comprend 49.000 références. L’établissement est accessible aux iraniens et donne accès à une connexion internet gratuite. Le catalogue de l’IFRI, ainsi que des conférences sont accessibles sur le site internet de l’établissement.

En terme de structuration, l’IFRI fait partie du pôle régional TRIAC (Turquie, Iran, Asie centrale, Afghanistan, Russie). Un ensemble rattaché à la direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats au sein du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères français. Cette direction est créee par Bernard Kouchner en 2009 et coordonne l’action culturelle française à l’étranger. Elle regroupe ainsi 481 établissements scolaires, 160 mission archéologiques et 161 services de coopération et d’action culturelle. L’IFRI est l’un de ces établissements et participe donc à la politique culturelle de l’État Français.

Mais les travaux de l’IFRI sont très éloignés des publications de Charlie Hebdo. On peut voir une conférence Lire, traduire et illustrer la poésie persane  ou des livres sur le zoroastrisme. Cependant les contenus sur des sujets historiques plus récents peuvent aborder des enjeux politiques forts. Comme La place de l’Iran dans la politique étrangère russe avant et après la révolution d’octobre 1917. Même cas de figure pour les études sociologiques, tel que  Le Téhéran des Quartiers populaires.

Ce n’est pas la première fois que l’IFRI est frappé par la censure iranienne. Hassan Rohani, président jusqu’en août 2021, assurait le maintien de l’établissement en signe de réchauffement des relations diplomatiques entre son pays et la France. Le pouvoir d’Ebrahim Raïssi précise que la fermeture de l’IFRI n’est que la première réponse au refus du gouvernement français, de faire interdire les caricatures.