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Marina Ovsyannikova face à la stratégie russe

Marina Ovsyannikova face à la stratégie russe


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Arrestation de Marina Ovsyannikova le dimanche 17 juillet
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Arrestation de Marina Ovsyannikova le dimanche 17 juillet
Arrestation de Marina Ovsyannikova le dimanche 17 juillet

Le pouvoir russe a interpellé la journaliste Ovsyannikova pour ses propos tenus contre la condamnation du député municipal Ilya Yachin. Il est accusé d’avoir diffusé de fausses informations. Ovsyannikova a été relâchée ce lundi mais la chape de plomb se renforce bel et bien dans le pays. Une asymétrie des peines qui pourrait constituer une stratégie de communication.

Les faits : Les derniers porte parole dans l’antichambre de la prison

Marina Ovsyannikova est une ancienne productrice de la chaîne Kremlin Pervy Kanal. Elle apparaît le 14 mars dans une émission de télévision en brandissant une pancarte « Non à la guerre, ne croyez pas la propagande, on vous ment ici ». Elle est immédiatement arrêtée. Dmitri Peskov, porte parole du Kremlin qualifie alors son acte de « hooliganisme ». Le choix d’un tel terme est dans la continuité de la propagande russe. L’hooliganisme correspondant à des actes de violences et de vandalisme.

A l’époque, elle diffuse diffuse sur les réseaux sociaux une vidéo expliquant son geste : « « J’ai honte d’avoir permis à des mensonges d’être relayés sur les écrans de télévision, d’avoir participé à zombifier le peuple russe ». Selon elle, « ce qui arrive en Ukraine est un crime. La Russie est un pays agresseur », avec un responsable : « Vladimir Poutine »

Ovsyannikova, un « faire valoir » de plus en plus encombrant

Malgré ses positions et coups médiatiques, Marina Ovsyannikova bénéficie d’une relative liberté de mouvement. Celle ci alimente les débats dans la population russe et permet aux partisans du pouvoir, tout en condamnant les propos de la journaliste, de montrer un visage moins répressif. Des rumeurs circulent et l’associent tantôt aux services de Renseignement russe, tantôt à des services étrangers sans qu’aucune preuve ne vienne appuyer ces accusations.

En revanche l’on constate qu’au niveau de l’opinion internationale sa situation est plus exposée que celle d’élus et journalistes condamnés à de la prison ferme. Face aux critiques et suspicions qui en découlent elle indique à la presse être prête à répondre à toutes les questions la concernant et dénonce « Le Kremlin est malin. Ils essaient par tous les moyens de dévaloriser mon action, de m’humilier, de me dénigrer, de me couvrir de saleté (…) En Russie, ils me traitent d’espionne britannique ou de traître », a poursuivi la journaliste. « Pour que les Ukrainiens doutent de moi, ils ajoutent que je suis un agent du FSB. Donc je suis détestée d’un côté et de l’autre et pour le Kremlin, c’est très utile. »

Au delà de son témoignage plusieurs de ses communiqués et actions médiatiques démentent toute participation volontaire à une stratégie de faire valoir. Puisque loin de concentrer l’attention sur sa seule personne, elle utilise sa notoriété pour défendre ses compatriotes subissant des peines plus lourdes. Et c’est justement là qu’intervient sa dernière arrestation dimanche, lors d’une promenade proche de son lieu de résidence.

Le contexte : La solidarité envers ses compatriotes, une contre stratégie qui agace

A la suite de sa première condamnation la journaliste a décidé de travailler pour des médias étrangers. Elle est revenue en Russie début juillet pour régler la procédure de garde de ses deux enfants. Face à des irrégularités dans le dossier elle annonce que le jugement est reporté à septembre. Les complications dans ses démarches pourraient constituer un moyen de pression contre elle.

Loin de subir les intimidations, elle renouvelle son soutien envers ses compatriotes opposés à la désinformation du Kremlin. Dès le 6 juillet elle appelle les russes à se rendre au procès de l’élu municipal Alexeï Gorinov. Il sera condamné à 7 ans de prison le 8 juillet après avoir déclaré que la guerre est la chose la plus ignoble et la plus sale et avoir appelé au respect des victimes durant un conseil municipal.

Ovsyannikova se dit prête à subir les conséquences de ses positions et cite le cas de Vladimir Kara-Murza. Il a subi deux tentatives d’empoisonnement avant d’être condamné à 15 jours d’incarcération le 12 avril 2022 pour refus d’obtempérer. Selon la journaliste « il ne faut pas avoir peur. Ils ne pourront pas tous nous emprisonner. »

Le 13 juillet Marina Ovsyannikova déclare Ilya Yashin comme étant l’un des politiciens les plus courageux de Russie. Elle se rend à son procès, répond à la presse et écrit un article pour un journal italien : « Les répressions de Staline reviennent en Russie ».

Ilya Yashin est condamné à deux mois de prison ferme. A l’annonce du verdict il cri à la salle « N’ayez pas peur de ces vauriens, la Russie sera libre !« . Elu moscovite critique envers le régime, il était l’ami de Boris Nemtsov assassiné en 2015. Au début de la guerre il s’oppose immédiatement au terme d’opération spéciale et fait parti des premières personnalités russes à employer les mots « guerre » et « invasion » pour qualifier l’action de Vladimir Poutine.
Après une première amande de 90.000 roubles il lui fut vivement conseillé de quitter le territoire. Méthode et « opportunité de mouvement » utilisée pour faire passer toute critique du régime comme une ingérence extérieure au débat politique russe. Il refuse de fuir.

Marina Ovsyannikova est finalement arrêtée dimanche pour ses propos tenus devant la presse, à la sortie du procès Yashin. Elle sera libérée peu après avec une simple amende. Son avocat déclare qu’elle reste néanmoins sous la menace d’une plainte pénale pour sa manifestation du 15 juillet où elle manifestait à Moscou contre la mort des enfants ukrainiens.

L’écart entre les peines semblent confirmer la stratégie du Kremlin de l’utiliser comme faire valoir démocratique. Mais ses soutiens aux personnalités subissant de plus lourdes peines tendent à désamorcer le subterfuge.

La notoriété au service de l’expression :

La stratégie de gestion de l’opinion publique en Russie repose sur la maîtrise du vocabulaire employé par les relais d’information autorisés à s’exprimer à l’intérieur de la Russie. Initié par le choix du terme « Opération spéciale en Ukraine », Vladimir Poutine signe le 4 mars une loi interdisant la diffusion d’informations mensongères sur la guerre en Ukraine. S’ajoute un amendement interdisant tout appel en faveur de sanctions contre la Russie et l’interdiction de diffusion pour Facebook ainsi que plusieurs médias et ONG. La peine maximale est définie à 15 ans de prison en cas d’écart avec le discours du Kremlin. Mais le niveau de sanction semble très aléatoire selon le profil de l’accusé.

Contrairement aux lois de l’Union Européenne contre les fakes news, la version russe empêche tout travail journalistique indépendant puisqu’elle ne se limite pas à l’identification d’ingérence étrangère ni à la lutte contre les fausses informations, mais impose une opinion qui interdit l’emploi du terme de guerre, d’invasion et donc toute caractérisation ou critique de la situation réelle. Reporter Sans Frontière qualifie la réforme de « mise sous cloche de la Russie », puisque le seul moyen d’échapper à des poursuites judiciaires consiste à soutenir Vladimir Poutine ou se taire.

Les personnalités publiques comme Marina Ovsyannikova sont plus difficiles à sanctionner que les citoyens inconnus de l’opinion publique. Productrice à Pervy Kanal, sa vidéo publiée sur twitter n’a pas été associée à la peine maximale de la loi du 4 mars 2022. Elle est condamnée à 30.000 roubles d’amande pour infraction administrative. L’autorité russe conserve néanmoins la main mise sur les médias autorisés et empêche toute alternance politique.

Les mouvements populaires sont quant à eux tués dans l’œuf. L’ONG OVD-Info estime à 16.351 le nombre de personnes actuellement incarcérées en Russie pour leur position contre la guerre.

Sources et bibliographie :

– Avis d’Amnesty International concernant la liberté de la presse et d’opinion en Russie : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2022/07/russia-authorities-must-drop-case-against-ilya-yashin-latest-victim-of-clampdown-on-war-critics/

– Dépêche AFP à la suite de l’arrestation de Marina Ovsyannikova : http://paradisfj.info/Russie-la-journaliste-ayant-critique-l-offensive-en-Ukraine-a-la-TV-interpellee

– Loi russe contre les « désinformations » (ndlr : contre la liberté d’opinion) : https://www.francetvinfo.fr/monde/russie/guerre-en-ukraine-cinq-questions-sur-la-loi-de-censure-votee-en-russie-qui-condamne-toute-information-mensongere-sur-l-armee_4992688.html

– Défense de Marina Ovsyannikova contre les accusations de faire valoir : https://www.politico.com/news/magazine/2022/05/01/the-mysterious-case-of-marina-o-00029150

– Incarcérations en Russie pour position anti guerre, selon OVD-Info : https://ovdinfo.org/