PRAGMAMEDIA-LOGO

Souffleur à dos : pour ramasser les feuilles on utilise de l’essence

Souffleur à dos : pour ramasser les feuilles on utilise de l’essence

Photo de Peter Dutton, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
Photo de Peter Dutton, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
Photo de Peter Dutton, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
Photo de Peter Dutton, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Ils se sont  répandus dans les services communaux. Les souffleurs à feuille sont connus pour la nuisance sonore qu’ils produisent. Dans une période d’économie d’énergie, on oublie aussi que ces engins sont alimentés à l’essence et sont fortement polluants.

Les faits : Un outil qui s'est généralisé

Dans les année 1920 le québécois Arthur Sicard invente le souffleur à neige. La technologie est ensuite adaptée au Japon pour souffler les feuilles, puis commercialisée massivement aux USA dans les années 50.

Son utilisation fut d’abord limitée en raison d’un prix élevé. Mais la production de masse a permis d’en réduire le coût. Il existe désormais des modèles disponibles entre 20 et 500 euros.

Une nuisance sonore :

 

Le niveau de décibel est similaire aux autres outils utilisant un moteur à essence, tels que les tronçonneuses. Mais contrairement à ces dernières, les souffleurs sont fréquemment utilisés à proximité des habitations et plusieurs fois par saison.

Les vidéos commerciales sont révélatrices du problème et font généralement le choix de diminuer ou de supprimer le bruit pour encourager les ventes. Dans la publicité suivante cela permet de présenter un outil utilisable sans casque anti-bruit. C’est bien évidemment une mise en scène.

 

Si les ouvriers sont équipés de casque anti-bruit, ce n’est pas le cas des riverains et des entreprises avoisinantes. Le Canton de Genève a réalisé une étude sur ces appareils, qui présente un dépassement des seuils de nuisance. Certains engins allant jusqu’à 105 décibels.

La santé des ouvriers, mais pas trop :

L’argument commercial le plus utilisé repose sur la santé des ouvriers-paysagistes. L’appareil leur permettrait de réduire la fatigue liée à l’utilisation d’un râteau. L’approche parait fallacieuse. L’intérêt de ces machines réside surtout dans le gain de temps, qui permet aux pouvoirs publiques et aux entreprises de réduire la durée globale de travail et donc de réduire le nombre de postes.

En terme de santé, le souffleur à dos évite certains mouvements mais  engendre lui aussi des dégâts sur l’ossature. Les guidons qui ont été ajoutés à plusieurs modèles donnent une impression de confort. Mais les modèles thermiques sont compris entre 4 et 15 kilos portés durant toute une journée de travail. Contre 1 à 2 kilos pour un râteau à feuille.

Particularité étonnante : alors que les gaz émis par les moteurs à essence des voitures inquiètent les sociétés civiles sur leur santé, les gaz et particules émis par un souffleur sont situés dans le dos des ouvriers, proches de leurs voies respiratoires, sans port obligatoire d’un masque à cartouche.

Le contexte : Utiliser de l’essence pour ramasser des feuilles

Si des modèles électriques ont été développés, on ne peut pas encore en répandre l’usage. Ils sont destinés aux particuliers. Les ouvriers-paysagistes durant leur tournée, n’ont pas le temps de mettre l’appareil en charge. Ces modèles ont une autonomie comprise entre 10 et 60 minutes. Les modèles thermiques sont quant à eux rechargeables rapidement par un jerrican.

Un petit outil avec une forte pollution :

Si le réservoir est assez petit, généralement en dessous d’un litre, le moteur tourne en permanence et à pleine puissance.

Une étude du magazine américain Edmunds, rapportée par le Washington Post en 2011, estime que l’émission de monoxyde de carbone des souffleurs à feuille utilisant un moteur à deux temps est 13 fois supérieure à celle d’une camionnette. Les fuites d’hydrocarbure seraient elles aussi plus importantes.

D’où vient cette surpollution ? L’essence des souffleurs est mélangée à de l’huile qui augmente la production de suie et engendre des « imbrulés » (la viscosité de l’huile réduit l’efficacité de la combustion). De plus les appareils sont souvent de mauvaise qualité pour réduire le poids et le prix. Leurs moteurs ne sont pas soumis aux normes environnementales du secteur automobile.

Les souffleurs à quatre temps ont de meilleurs performances mais restent plus polluant que l’automobile possédant entre autre, des filtres anti particules. Il conviendrait cependant de réaliser de nouvelles études, celle publiée en 2011 ayant pris de l’âge et se base sur les véhicules américains.

Un enjeu qui intéresse de plus en plus les opinions publiques :

La France est en retard sur l’encadrement de ces outils. Ils se sont généralisés tardivement sur le territoire hexagonal. Aux États-Unis une centaine de villes ont déjà interdit l’utilisation de cette machine. En Suisse la presse s’intéresse au sujet depuis plusieurs années, la ville de Zurich réfléchit à son interdiction.

La difficulté pour limiter l’usage repose sur le manque d’ouvriers paysagistes en France. Le retour au râteau impliquerait l’augmentation des impôts locaux et de nouvelles embauches. Deux alternatives restent possibles. La première est loin de la culture moderne : une participation de chaque entreprise et habitant, dans le ramassage des feuilles proches de son trottoir. La seconde serait de développer un système de remplacement des batteries pour les modèles électriques. Ainsi au lieu de recharger par jerrican les ouvriers n’auraient qu’à cliper une nouvelle batterie pendant la recharge d’une autre. Une alternative qui cependant ne supprimera pas la nuisance sonore, ni les douleurs au dos et n’aidera à la diminution de la consommation électrique.