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Gérard Araud : De la guerre en Libye à l’anticipation de l’invasion russe, un parcours atypique

Gérard Araud : De la guerre en Libye à l’anticipation de l’invasion russe, un parcours atypique


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Crédit : U.S. Senate Photographic Studio
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Le diplomate français a tenu un rôle dans la plupart des conflits impliquant l’hexagone depuis 2011. Sa carrière est marquée par des discours mêlant lucidité et fermeté. Jusqu’en 2019 il travaille au sein du Ministère des Affaires Étrangères avant de fauter et de s’orienter vers le conseil à destination des entreprises. Fin 2021, il retourne à ses classiques et décrypte les signaux qui font pressentir l’invasion russe.

Les faits : Du diplomate français au consultant pour la société d’espionnage NSO Group

Polytechnicien de formation il s’oriente d’abord vers l’administration économique avant de terminer ses études à l’École Nationale d’Administration. Diplômé, il rejoint le milieu diplomatique et devient en 1982 pendant deux ans, Secrétaire d’Ambassade à Tel-Avis. Il sera par la suite Conseiller à l’Ambassade de Washington avant de devenir Conseiller diplomatique de François Léotard, alors ministre de la Défense française, dans un contexte de guerre du Golfe.

2000, l’homme prend du galon et devient directeur des Affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement au sein du ministère des Affaires Étrangères. La fonction associe plusieurs missions allant de la veille stratégique, à l’ambition de réduction de l’arsenal nucléaire mondial. Trois années plus tard il est nommé Ambassadeur de France en Israël. Il devient secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères en 2006 et prend le rôle de négociateur pour la France, dans le dossier du nucléaire iranien.

Un tournant dans sa carrière s’effectue lorsqu’en 2009 il est nommé par François Fillon, représentant permanent de la France auprès de l’Organisation des Nations-Unis. Dans ce cadre, il assume ses positions en faveur de l’OTAN. Il est chargé de défendre le vote en faveur d’une intervention en Libye. Puis il s’illustre après les tortures des forces d’Assad contre les civils syrien, par des plaidoyers contre la Russie et les membres des BRICS, qu’il accuse d’indifférence et de faute morale devant la souffrance du peuple syrien. Il déclarera notamment en décembre 2011 auprès du Parisien : « Assad doit partir, non parce que l’on voudrait sa tête, mais parce qu’il ne peut plus être partie d’une solution. Mais c’est aux Syriens de le décider. A la différence de la Libye, à aucun moment il n’a été question,et il ne sera question, d’une intervention militaire en Syrie.» Si le diplomate ne mâche pas ses mots contre les soutiens aux régimes libyens et syriens, commence déjà une certaine dissonance. Au moins dans les réactions à apporter face aux massacres de civils. La chose peut se comprendre par la différence militaire et stratégique, Mouammar Kadhafi est éloigné de ses plus forts soutiens, là où Bachar Al-Assad bénéficie d’alliés proches.

Jusqu’en 2013 il joue un rôle majeur auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU et défendra les résolutions françaises concernant le Mali et la Centrafrique. Un an plus tard il s’envole de nouveau pour Washington et devient ambassadeur de France auprès des Etat-Unis. Lors de l’élection de Donald Trump il témoigne une certaine déception et déclare que la politique du nouveau président s’appuie davantage sur des idéologues que sur un programme. Marine Le Pen demande alors sa démission, Jean-Yves Le Drian refuse et le maintien en poste.

Durant la campagne de 2017 il devient conseiller d’Emmanuel Macron puis prend sa retraite des affaires diplomatiques en 2019. Le jour de son départ il déclare auprès du média américain The Atlantic « Les Israéliens ne feront pas des Palestiniens des citoyens d’Israël […] Donc ils vont devoir officialiser la situation qui est, nous le savons, une situation d’apartheid. » Des propos qui interviennent après que Donald Trump ait reconnu la souveraineté israélienne sur les territoires palestiniens.

Jusque là le parcours du diplomate est emprunt de convictions assumées. Au risque de froisser les standards diplomatiques par des prises de paroles directes. La reconversion qui suivra paraît donc être une anomalie dans la carrière de Gérard Araud. Après son départ de la diplomatie, il décide de rejoindre la société d’espionnage privée israélienne NSO Group. Cette fameuse entreprise à l’origine du logiciel Pegasus qui a permis d’espionner les téléphones de nombreux opposants à travers le monde et de plusieurs officiels européens.

N’ayant pas demander l’autorisation au Quai d’Orsay et à la Haute Autorité (nécessaire en vertu de la sûreté de l’État), Gérard Araud est sanctionné par le ministère le 2 août 2022. Trois années se sont écoulées sans réaction publique des autorités. La sanction semble modeste : une simple retenue de 5000€ sur sa pension de retraite.

Une situation qui rejoint cet autre évènement que constitue la collaboration d’Alain Juillet, ex directeur du Renseignement à la DGSE, avec la chaîne Russia Tolday. La France ne semble pas avoir la volonté de cadrer ses anciens hauts responsables.

Dans la même période, Gérard Araud réalise des activités de conseil auprès de l’entreprise Kering, détenue par le milliardaire François Pinault et auprès du cabinet de conseil en stratégie et diplomatie commerciale Albright Stonebridge Group. C’est seulement par l’intervention de la société civile que ces éléments ont été révélés. Le militant Raymond Avrillier par des déclarations publiques a poussé la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique a réagir. Cette dernière déclare alors que l’ancien diplomate a bien régularisé sa situation après avoir enfreint ses obligations. Ce qu’elle s’était bien gardée de communiquer avant l’exposition du scandale. Raymond Avrillier présente alors le dossier au Parquet National pour interroger de possibles faits d’intelligence avec une puissance étrangère. Gérard Araud se défendra dans la presse en indiquant sa curiosité pour un domaine qu’il ne connaissait pas « Il y avait ce point d’interrogation de la présence du Mossad ou de la CIA [derrière NSO Groupe]. Je pensais que c’étaient les deux, mais je n’avais aucune preuve. Mais je pense que le Mossad et la CIA sont derrière, avec ce que l’on appelle un “backdoor”. Une curiosité personnelle qui en rappelle une autre. Les services de Renseignement français sont contactés par NSO Group en 2019. La société espère leur vendre son logiciel. L’autorité française refuse l’offre en 2020, le contre espionnage s’inquiète.

En parallèle de ses déboires il débute une activité de chroniqueur au journal Le Point dans lequel il publie 172 articles.

Le contexte : Contexte : Une conscience des ambitions territoriales russes

Il commence à publier activement sur les relations entre l’Ukraine et la Russie en novembre 2021, dénonçant des chantages russes qui préfigurent une possible invasion.

Alors que la reprise économique en Europe s’accompagne d’une hausse des besoins énergétiques, Vladimir Poutine restreint l’exportation de gaz pour laisser les prix monter et utilise les livraisons comme objet de chantage. A cela s’ajoute le soutien à la politique du président Biélorusse qui envoie de nombreux migrants vers la frontière polonaise.  L’ensemble de son article Biélorussie, gaz : mais que veut donc Vladimir Poutine représente bien les informations caractérisant la monté des ambitions  russes et leurs aisance à recourir aux démonstrations de force pour appuyer une revendication.

Il énumère notamment les déplacements de la flotte et de l’aviation russe proche de pays européens, comme le survol par un bombardier pouvant transporter une ogive nucléaire, au dessus du territoire polonais. Il commente les discours présidentiels qui annonçaient hostilité et jusqu’au-boutisme  : « Poutine a publié, sous sa signature, un long article pour nier l’existence d’une nation ukrainienne ». Nous sommes alors 3 mois avant l’invasion. Le diplomate n’a pas perdu de son acuité. Il conclue sa publication par un conseil : « les Européens sont condamnés à résister par tous les moyens à cette entreprise. Depuis toujours, la Russie ne comprend que les rapports de force et conçoit les relations internationales comme un jeu à somme nulle. Il est temps de s’en souvenir. »


En janvier 2021 il s’interroge sur les effets du silence de plusieurs présidences européennes face aux agressions et menaces russes. Soulignant la passivité européenne devant l’accumulation de troupes russes aux frontières de l’Ukraine. Suggérant qu’un tel comportement pourrait envoyer le signal à la Russie, que son invasion peut se produire sans réaction coalisée. Une hypothèse qui rejoint la thèse de l’ouvrage Le plan de Poutine pour diviser l’Europe, l’OTAN et restaurer le pouvoir et l’influence russe dans lequel le chercheur américain Douglas Schoen affirme que Poutine s’appuie sur la mollesse des autorités françaises et allemandes pour baisser la garde de l’Union Européenne tout en la divisant. Les pays membres présents aux frontières de la Russie étant quant à eux parfaitement conscients de la menace russe.

Dans son article du 9 janvier Les leçons de la crise ukrainienne, Gérard Araud dénonce l’ultimatum russe déposé auprès de l’ONU, notamment en citant la partie suivante « les Européens doivent aussi réfléchir s’ils veulent éviter de faire de leur continent le théâtre d’un affrontement militaire. Ils ont le choix. Soit prendre au sérieux ce que l’on met sur la table, soit faire face à une alternative militaro-technique ». L’exigence portée devant l’ONU par la Fédération de Russie consiste à interdire aux ex-pays du colonialisme Soviétique, de choisir leur défense et leurs alliances. Gérard Araud identifie les menaces russes comme une stratégie savante qui consiste d’un côté à développer la critique de l’OTAN dans l’opinion publique de ses pays membres, et ainsi à en réduire l’activité, tout en considérant chaque renoncement comme un aveux d’impuissance, permettant justement d’accomplir les ambitions territoriale russes.

Mais derrière l’analyse vient le commentaire. Fin janvier Gérard Araud préconise des négociations tout en commençant à douter de la matérialité d’une invasion russe. Le discours semble donc évoluer par rapport à celui de la fin 2021. Il se ravisera rapidement, le 22 février, deux jours avant l’invasion il déclare « l’Occident a tenté jusqu’au bout de négocier avec le chef du Kremlin. Mais « il faut être deux pour danser le tango ».

Depuis il intervient régulièrement sur la nécessité d’une Europe de la Défense et l’urgence de ne pas considérer les aides militaires américaines à destination de l’Ukraine, comme l’opportunité de se désengager. Affirmant que c’est la montée en puissance d’une armée européenne qui permettra de dissuader la Russie tout en renforçant l’indépendance vis à vis des Etats-Unis. Il nomme sa position le Gaullisme 2.0, en cela qu’il n’oppose pas la souveraineté européenne et l’alliance avec les Etats-Unis. Pour lui la montée en puissance de l’Europe équilibrerait la relation.

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