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La capitale de la piraterie dénoncée de toutes parts

La capitale de la piraterie dénoncée de toutes parts

Mohammed ben Zayed affectueux avec Ramzan Kadyrov
Mohammed ben Zayed affectueux avec Ramzan Kadyrov
Mohammed ben Zayed affectueux avec Ramzan Kadyrov
Mohammed ben Zayed affectueux avec Ramzan Kadyrov

Quand en Suisse le secret bancaire a perdu de sa superbe, les hommes d’affaires et le grand banditisme ont dû réorganiser leur logistique financière. Si les paradis fiscaux ne manquent pas, c’est néanmoins à Dubaï que ce sont concentrés les avoirs illicites. L’État pirate espérait baisser la pression en autorisant l’extradition de certains narcotrafiquants mais le viseur reste pointé sur la ville et particulièrement sur son parc immobilier.

Les faits : Chercheurs, journalistes et juges accusent Dubaï :

Les rapports se multiplient. Le dernier en date est publié par le Center for Advanced Defense Studies (C4ADS), composé d’anciens militaires américains et d’universitaires. Il synthétise les révélations de ces dernières années. Stipulant que Dubaï héberge aussi bien « Des oligarques russes associés au chef de guerre tchétchène Ramzan Kadyrov (voir notre article à son sujet) que la « tête d’un réseau criminel irlandais impliqué dans le trafic de cocaïne ».

L’opacité financière d’une cité qui s’est développée à travers le commerce d’opium est la première cause d’investissement de la criminalité à Dubaï, puisque ce passif a conditionné le cadre légal émirati vers l’opacité. Les influenceurs se sont émerveillés devant des tours gigantesques qui ont poussé comme des champignons mais la stratégie de communication des émirats cache mal une tendance : de nombreux immeubles de très grandes hauteurs sont vides. Certains y ont vu un désir d’impressionner, une quête de rayonnement acceptant les investissements à perte. D’autres y ont vu un classique de la mafia : l’investissement occulte dans la pierre.

Le rapport désigne justement l’immobilier émirati comme l’un des principaux moyens de blanchissement de l’argent sale. Les investigations se sont intensifiées depuis les sanctions contre la Russie : « les oligarques cherchent à extraire leur fortune des sanctions internationales en investissant à Dubaï ». La dénonciation fait suite à une fuite de données bancaires analysée par les journalistes.

Le C4ADS a initié son dossier sur l’immobilier aux émirats arabes unis en 2018 et archive actuellement des liens entre 880.000 biens immobiliers et leur propriétaire. Cette organisation non gouvernementale est directement impliquée dans le partage des données à la presse d’investigation. l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) a par exemple travaillé sur le volet du banditisme irlandais « nous émettons des conclusions similaires à celles de l’Union Européenne. Des douzaines de compagnies aident au blanchiment du trafic de cocaïne et d’autres drogues. Cela passe par la création d’entreprises de distribution et l’investissement dans les biens immobiliers. Daniel Kinahan baron de la pègre irlandaise, investie dans l’immobilier émirati.»

En mars, la Financial Action Task Force a donc placé Dubaï dans la liste des pays « gris ». Un avertissement tardif et timide qui pourrait s’expliquer par la diversité des investissements illicites qui loin d’être cantonnés aux chefs de la Russie ou au narcotrafic, profitent aussi aux grandes fortunes et politiciens occidentaux.
En 2019 L’Obs et France Info dévoilent un système monté par le groupe Helin permettant le retrait par carte bancaire de fonds dissimulés à Dubaï. Les courriers interceptés dévoilent l’intention délibérée d’échapper aux contrôles douaniers en proposant une solution qui évite le transport de liquidité.

Le contexte : Des mandats d’arrêts en série contre des résidents à Dubaï :

La pression s’intensifie. Les justices de différents pays se retrouvent ensemble confrontées à l’opacité émirati. De premiers succès ont eu lieu comme l’autorisation d’extradition du marcassin, principal narco traficant marseillais, de son hotel de luxe à Dubaï vers les geôles françaises. Mais les autorités ont par ailleurs refusé à trois reprises, l’extradition vers la Belgique de Dikke Nordin, narcotrafiquant anversois. La police de Dubaï en collaboration avec Interpol a cependant arrêté Rafaelle Imperial en aout 2021. Criminel recherché par la justice italienne.

La gestion émirati est donc aussi opaque que son parc immobilier. Les coopérations avec les justices étrangères ne sont pas stables.

Les causes de ces disparités ne sont pas connues mais soulèvent plusieurs interrogations concernant le degrés de participation des autorités dans les affaires de leurs exilés-investisseurs. Puisque pour les mêmes chefs d’accusation, certains barons semblent protégés mais pas d’autres.

Les enjeux : Épuiser les placements refuge :

D’après l’ICIJ «  Une partie de ce succès est du à l’absence de surveillance des autorités qui ne posent que peu de questions concernant l’origine et la destination des placements financiers ».

C’était justement l’une des raisons qui faisait de la Suisse un paradis fiscal en plein essor. Si la nation helvète garde encore en opacité, le milieu de la pègre et les autocrates menacées par des sanctions ont rapidement compris qu’ils devaient se trouver une nouvelle « île pirate » dans laquelle enfouir les trésors dérobés aux quatre coins du monde. C’est pourquoi les justices internationales et les sociétés civiles doivent poursuivre leur travail afin de développer la coopération internationale de manière à assécher les possibilités de replis.

Le dernier rapport du C4ADS souligne un renforcement des investissements russes à Dubaï depuis le 24 février et le début de l’invasion en Ukraine. Mais certains étaient déjà prêts à se soustraire à toute surveillance. Tel que Ramzan Kadyrov qui a bénéficié de l’assassinat d’un de ses opposants à Dubaï tout en investissant dans le pays.

Le dictateur dès son avènement au pouvoir a trouvé le soutien des émirats arabes unis en raison de son opposition aux frères musulmans et par le refus des processus démocratiques. Il a accueilli plusieurs réunions collaboratives autour de la définition de l’orthodoxie sunnite après avoir reçu les fonds d’investissement Zayed, détenus par les Émirats Arabes Unis. Pas sûr donc, que Dubaï s’autorise l’extradition des détenteurs de fonds russes, et encore moins de voir le pays appliquer les sanctions économiques. Car ce type d’investissement économique se réalise à des fins stratégiques et d’impérialisme religieux, contrairement à l’opportunisme lié à l’accueil des bénéfices du narcotrafic.