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Editorial : Clap de fin pour la Task Force Takuba

Editorial : Clap de fin pour la Task Force Takuba

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Conséquence des tensions diplomatiques entre le Mali et ses anciens partenaires militaires, la Task Force officialise sa dissolution à la date du 30 juin 2022. Souvent décriée en raison de la persistance de la menace terroriste, l’État Major des armées a souhaité présenté sa version des faits à travers une communication à la presse.

Les faits : l'armée malienne et des relations européennes renforcées

Takuba est constituée le 27 mars 2020. Elle regroupait sous le commandement de l’opération Barkhane, environ 800 soldats européens dont des estoniens, suédois, français, belges, tchèques, danois, hongrois, néerlandais, portugais et italiens. Sa particularité consiste à rassembler des forces spéciales. Ces unités sont spécialisées  dans la reconnaissance et l‘antiterrorisme. Takuba participait aussi aux missions de formation des militaires maliens.

Si la task force est entachée par les hostilités du gouvernement malien, les relations sur le terrain entre militaires des deux continents ont semblaient plutôt bonnes. Avant le coup d’État au Mali il était fréquent de voir les militaires maliens et européens patrouiller ensemble et agir contre un ennemi commun : l’EIGS. La junte cette année à préféré faire passer la consigne à la télévision malienne, de ne plus diffuser les images promotionnant ce travail commun. La réalité du terrain contredisant la propagande gouvernementale. l’État Major français des Armées préfère ne pas répondre aux provocations.

Sur le plan stratégique Takuba incarne la prise en compte des critiques faites contre la France et qui l’accusent de se comporter en gendarme de l’Afrique. En intégrant une dizaine de pays dans les choix et engagements des opérations militaires extérieures, Takuba contribue à l’Europe de la Défense. Cela montre une compréhension commune de la lutte contre le terrorisme et l’influence des sanctuaires djihadistes sur la stabilité mondiale. « C’est un succès stratégique car plus de 10 pays européens, conscients des conséquences de la détérioration de la situation sécuritaire au Sahel pour la sécurité de l’Europe, ont décidé de s’engager conjointement dans une lutte commune contre les GAT (…) des procédures communes et une fraternité d’armes ont été forgées. », indique le communiqué.

Il peut sembler évident que la lutte contre le terrorisme doit unifier les relations internationales, il faut néanmoins se souvenir de la situation en 2012. De nombreux États refusaient de contribuer à la force internationale, à la fois par un manque de prise en compte des risques terroristes mais aussi par la crainte de contribuer à une opération néocoloniale. En 10 années d’intervention au Sahel la France a donc été contrainte de revoir sa stratégie. Le livre blanc de la Défense réalisé en 2013 soulignait une résurgence coloniale en espérant profiter de la crise sahélienne pour créer « des nénuphars en Afrique ». Terminologie correspondant aux bases permanentes.

Mais contrairement aux conflits précédents, l’armée française a su se remettre en question et rassurer ses partenaires, en orientant la missions militaire vers une intervention provisoire en vue de l’autonomisation de l’armée malienne. Elle a aussi pris en compte ses fautes de communication. Après le bombardement de Bounti qui a semble t’il occasionné des pertes à la fois chez les djihadistes et les civils, la diplomatie française s’est refusée toute auto critique. L’épisode a marqué la population malienne et accéléré la perte de crédibilité. Fin 2021 Florence Parly décide de réformer la doctrine d’influence de l’armée. La lutte contre la désinformation est renforcée et intègre désormais un élément crucial : préférer exposer les difficultés et les fautes pour éviter de nourrir les fantasmes. La réforme se confirme en février 2022 lorsque le Ministère de la Défense annonce dès la fin d’une opération anti terroriste au Burkina, que les combats ont conduit à la mort de 4 civils. Contrairement au bombardement de Bounti, la prise en compte des pertes civiles a évité la condamnations de la France par la communauté internationale.

Non intégré au communiqué de l’Etat-Major, ces éléments de réformes de l’armée française sont aussi des succès, contribuant à un meilleur respect des souverainetés étrangères, des droits humains et  du droit international. Il est donc dommageable de voir ces évolution masquées par un discours qui présente l’opération au Sahel comme si nous étions face à la guerre secrète de la France au Cameroun, en 1951…

Le contexte : Moins d’unilatéralisme, mais une coopération internationale difficile

Le principal témoin d’une rupture avec le passif colonial est la réaction des officiels français au comportement de la junte. Après avoir pris le pouvoir illégalement, même si les arguments anti corruption et sur l’état des outils électoraux s’entendaient, les nouvelles autorités maliennes ont multiplié les accusations mensongères et les discours d’hostilité contre la France. Nous exposions quelques exemples dans un précédant article. La situation a évolué jusqu’à la demande des autorités maliennes de départ des forces internationales.

Malgré cette hostilité et la persistance de la menace djihadiste qui pèse sur le Sahel, la France n’a pas renversé la junte. C’est la moindre des choses, mais cela doit être souligné lorsque l’on refuse de distinguer la politique extérieure française passée et présente. Au delà, l’armée française a donné ses anciennes bases militaires présentes au Mali aux militaires maliens. Renforçant ainsi leur capacité opérationnelle malgré la crise diplomatique. Que la France contribue au renforcement de l’armée malienne, sans que le pouvoir central lui soit favorable, est un évènement historique dans les relations entre la France et l’Afrique.

En revanche ce départ précipité pourrait affecter les futures participations européennes auprès des partenaires africains faisant face à des menaces terroristes. Puisque le Danemark, nation habituellement en retrait dans les crises internationales avait finalement mobilisé ses soldats sur demande des autorités maliennes. Avant d’être lui aussi expulsé en janvier par la junte. Le ministère des affaires étrangères danois expliquait alors « Nous sommes là à l’invitation du Mali. Les généraux putschistes dans un jeu politique sale ont retiré cette invitation (…) parce qu’ils ne veulent pas d’un plan rapide de retour à la démocratie ».

Le communiqué de l’Etat-Major français des armées préfère l’espoir d’une coopération future, à la revanche. Plutôt que de rappeler les éliminations de djihadistes par l’armée française et le déploiement d’un discours de glorification nationale, l’Etat-Major conclue au profit des militaires maliens : « la TF TAKUBA a permis la formation d’unités maliennes adaptées au combat contre les terroristes, évitant ainsi la territorialisation des GAT, en particulier de l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS), dans la zone des Trois frontières. »

L’armée malienne a réalisé une prise de compétence colossale. En 2012 elle avait fuit le front dès le début des combats, désormais elle mène l’offensive contre les djihadistes. Dans ces débuts de guerre difficile, certains éléments ont déserté vers le camp des djihadistes. Emportant avec eux le matériel fourni notamment par l’armée américaine. Situation permettant d’apprécier le choix de la France de ne pas livrer d’arme lourde à l’armée malienne. Cependant le gouvernement français a fourni 11,6 millions d’euros d’armement léger aux FAMA rien qu’entre 2014 et 2016. Pas mal pour un pays qui selon la désinformation en cours, payerait les terroristes pour attaquer l’armée malienne…

Il demeure peu probable que les relations militaires et diplomatiques puissent se renforcer tant que la junte reste au pouvoir. Après un nouveau report des élections à 2024, la stratégie électorale d’Assimi Goïta et de plusieurs membres du CNT repose toujours sur une xénophobie exacerbée, la mystification du colonialisme et une inféodation à la Russie. On peut toujours espérer une prise de conscience concernant la mauvaise influence de Vladimir Poutine sur les intérêts stratégiques maliens, mais la construction volontaire de fake news ne rassure pas quant à la bonne foi des autorités actuelles.

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